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Une étude de l'AJL

“Affaire Palmade” ,, obsessions et errements médiatiques

Le 10 février 2023, en début de soirée, Pierre Palmade conduit sous l’emprise de stupéfiants et percute frontalement un autre véhicule. Il blesse grièvement un homme, son fils de 6 ans et sa belle-sœur. Enceinte de sept mois, elle perd dans l’accident son enfant à naître. Pierre Palmade est lui aussi lourdement blessé. À l’arrivée des secours, ses deux passagers s’enfuient.

C’est alors que débute ce « feuilleton médiatique ». Pendant plus d’un mois, la couverture de cet accident de la route rivalise avec celle des contestations de la réforme des retraites. Elle monopolise la une des journaux, les chaînes d’info en continu et les sites web des rédactions, éclipsant d’autres faits divers au moins aussi dramatiques. Au gré des émissions en direct et des duplex, des progrès de l’enquête et des polémiques, cette déferlante médiatique véhicule sensationnalisme, amalgames homophobes, préjugés sur l’addiction et approximations sur le chemsex. Sans parler des fausses informations… 

L’Association des journalistes LGBTQIA+ s’en est alarmée et a donc décidé d’objectiver ces dérives. Elle s’est intéressée au travail de deux médias en pointe sur « L’Affaire Palmade » : BFM TV et Le Parisien/Aujourd’hui en France. L’examen est édifiant, entre obsessions morales et errements journalistiques.

Avec le soutien de la DILCRAH

Chiffres clés et méthodologie

  • 30 heures et 50 minutes de magazines de BFM TV (talk shows et grands reportages)
  • 6 contenus originaux sur bfmtv.com
  • 30 articles du Parisien/Aujourd’hui en France
  • 43 contenus originaux sur leparisien.fr
En savoir plus

Chapitres

Objectiver une bulle médiatique

Près de 30 000 mentions de l’accident impliquant Pierre Palmade dans les médias, surtout audiovisuels, sur le seul mois de février 2023, c’est presque autant que sur la mobilisation contre la réforme des retraites et cela représente un quart de la couverture de l’actualité en Ukraine sur la même période.

Homophobie d'atmosphère et respect de la vie privée

Dans les jours qui suivent l’accident, "Le Parisien" et BFM TV s’appuient sur les écrits et les interviews passées de Pierre Palmade pour analyser les faits et posent ainsi une grille de lecture marquée par l’homophobie intériorisée de l’humoriste. Son exposition médiatique et l’ouverture de trois enquêtes successives seront autant d’invitations à investiguer jusqu’à l’emballement et au déballage de l’intimité du comédien.

Chemsex, la boîte à fantasmes

Avec “l’affaire Palmade”, le grand public découvre le chemsex qui, par un syllogisme répété à l’envi, devient, avec la cocaïne, la cause de l’accident. Entre fascination et sensationnalisme, cet intérêt soudain ravive les stéréotypes homophobes et renforce la stigmatisation des chemsexeur·euses.

Fausses pistes, ambiguïtés et fake news

Entre sidération, injonction à la transparence et jugement moral, “l’affaire Palmade” devient un feuilleton rythmé par l’avancée des enquêtes. Quand un volet pédocriminel surgit, les invitations à la prudence ne se traduisent pas en actes.


Interviews

“Sur Pierre Palmade, la presse a mis en exergue sa consommation de drogues et porté un jugement sur ses pratiques sexuelles, quitte à caricaturer”

Couverture disproportionnée et souvent discriminatoire, phénomène de bouc émissaire… Lucile Jouvet Legrand, sociologue des médias et spécialiste des faits divers, analyse les résultats de l'étude menée par l'AJL.

“La question du chemsex a été organisée comme une panique morale”

Avec l'apparition du chemsex dans la sphère médiatique, l'accident de Pierre Palmade a durablement marqué le traitement de cette question, analyse Aurélie Olivesi, maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université Lyon-I.

“Empreintes d’une homophobie latente, certaines rédactions stigmatisent les consommateur·ices de drogues et les pratiquant·es du chemsex”

Lors de “l’affaire Palmade”, entendre des termes comme “fléau”, “cauchemar”, “invasion” dans l’espace médiatique a renforcé la stigmatisation des consommateurs de produits psychoactifs. Entretien avec Marie Öngün-Rombaldi, déléguée générale de la Fédération Addiction, premier réseau d’addictologie en France.

Une étude de l'Association des Journalistes LGTBQIA+

L'Association des journalistes lesbiennes, gays, bi·e·s, trans et intersexes (AJL) œuvre pour un meilleur traitement des questions LGTBQIA+ dans les médias.

L'AJL a déjà mené plusieurs études sur les pratiques des médias: